déformé
déformé (2013) est la première installation autodestructrice de la série -formé. Sept portraits de grand format des magistrats de la Cour suprême de justice de Colombie qui ont signé l'ordre d'arrestation contre le père de l'artiste en 2012 se dressent en un parallélogramme de douze mètres carrés : les dimensions de la cellule où son père était détenu. Chaque portrait est une mosaïque de 4 800 images, épinglées à la main : des images vidéo de la maison familiale détruite lors de l'attentat de 2001, des photographies de cette même cellule, et des photographies de la maison familiale au moment de l'arrestation. Au fil de l'exposition, une machine détruit méthodiquement chaque portrait.
Portraits de la série
« Déposée par erreur dans nos mains, la déconstruction de la réalité devrait être l'oeuvre de l'absolu, car la destruction de la spatialité signifie la fin de l'individu. Des projectiles de feu, de papier et de paroles sont mitraillés par des groupes possédant armes, lois et médias de communication. Cette série présentera ceux qui, en tirant ces projectiles, nous rappellent notre nature peu significative. Notre réalité détruite composera leurs visages, pour leur rappeler que nous sommes tous égaux, qu'eux aussi deviendront, un jour, poussière. » (Paolo Almario, 2013)
« [...] Pour transposer métaphoriquement cet état d'enfermement, une lumière aveuglante s'allume lorsqu'un visiteur pénètre à l'intérieur du parallélogramme. Une lumière crue, tel l'éclairage des salles d'interrogatoire, la lumière du jugement. Et le visiteur se retrouve au centre, écrasé par ces regards inexpressifs, comme s'il se trouvait dans une double position, celle du juge et de celui sur qui tombera le verdict. » (Véronique Villeneuve, Paolo Almario : Engagement, 2017)
« [...] Autobiographique, l'installation de Paolo Almario nous présente sa réalité. Sans ambages. Sans pitié. [...] C'est le bruit sourd d'une machine qui fera entendre son verdict. Chaque portrait [...] attend sans le savoir sa fin. La machine, bras de l'artiste peut-être, étonnante par sa rapidité et sa puissance, détruira consciencieusement chaque portrait pendant 10 heures [...] » (Charlotte Moreau De la Fuente, déformé : Un homme en colère, 2015)
L'histoire a rattrapé les portraits. Deux des sept magistrats, José Leonidas Bustos et Gustavo Malo, ont depuis été condamnés dans le scandale de corruption judiciaire du « cartel de la toge ». En 2018, les sept mêmes visages sont revenus, reconstruits en étiquettes de confiture, dans Marmelade : Le Suprême. Pour l'artiste, déformé était le premier verdict : tout ce qui a suivi n'a fait que le confirmer.